Économie

20 036 milliards de FCFA : comment les télécoms ont propulsé la BRVM à un niveau historique

La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a franchi pour la première fois la barre des 20 000 milliards de francs CFA de capitalisation. Une performance dans laquelle les télécommunications, portées notamment par Sonatel et Orange Côte d'Ivoire, occupent une place détermi

La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a franchi pour la première fois la barre des 20 000 milliards de francs CFA de capitalisation. Une performance dans laquelle les télécommunications, portées notamment par Sonatel et Orange Côte d'Ivoire, occupent une place déterminante et confirment le poids grandissant du secteur dans l'économie ouest-africaine.

Le 20 août 2026, la place financière commune aux huit pays de l'UEMOA a annoncé que la capitalisation de son marché actions s'était établie à 20 036,18 milliards de FCFA, soit environ 30 milliards d'euros. Ce niveau, jamais atteint depuis la création de la BRVM en 1998, résulte d'une progression de 50,3 % depuis janvier, un rythme de croissance rare pour une bourse régionale africaine. Derrière ce chiffre se cache une réalité sectorielle précise, puisque les télécommunications pèsent aujourd'hui 33,36 % de la capitalisation totale, juste derrière les services financiers, qui en représentent 44,16 %.

Ce sont surtout deux opérateurs qui portent cette dynamique. Sonatel et Orange Côte d'Ivoire figurent parmi les cinq entreprises qui concentrent, à elles seules, près de la moitié de la valeur totale du marché, aux côtés de Société Générale Côte d'Ivoire, Ecobank Transnational Incorporated et Coris Bank International. Une telle concentration illustre à quel point les groupes télécoms sont devenus, au fil des années, des piliers incontournables de la bourse régionale, au même titre que les banques.

Cette place prise par les télécommunications ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs années, les opérateurs présents sur la BRVM bénéficient de la croissance continue des usages mobiles, du développement du mobile money et de l'essor des services numériques dans la région. Ces activités, adossées à des bases d'abonnés en expansion constante, offrent aux investisseurs une visibilité que d'autres secteurs peinent parfois à proposer. Le communiqué de la BRVM, dirigée par Edoh Kossi Amenounve, souligne d'ailleurs que trois segments seulement, les services financiers, les télécommunications et la consommation de base, concentrent plus de 90 % de la valeur du marché.

En près de vingt-huit ans d'existence, la valeur cumulée des 47 sociétés cotées a été multipliée par 24. Une trajectoire qui place la BRVM parmi les principales places boursières d'Afrique francophone, et qui s'accompagne d'un retour progressif des introductions en bourse ainsi que d'un regain d'intérêt des investisseurs institutionnels et particuliers. Dans son plan stratégique 2026-2030, l'institution entend capitaliser sur cette dynamique en diversifiant ses activités vers les matières premières et les produits dérivés, dans l'espoir d'élargir sa base d'investisseurs au-delà des secteurs traditionnels.

Le secteur des télécoms n'échappe cependant pas aux limites structurelles qui pèsent sur l'ensemble du marché régional. Les volumes d'échanges quotidiens sur la BRVM oscillent en effet autour de 1,5 à 2 millions d'euros, un niveau nettement inférieur à celui observé à Lagos, où les transactions journalières avoisinent 15 millions d'euros, ou à Nairobi, autour de 4 millions. Pour des titres télécoms pourtant considérés comme des valeurs sûres du marché, cette faible liquidité limite la capacité des investisseurs internationaux à entrer ou sortir rapidement de positions importantes.

La question qui se pose désormais est de savoir si la solidité des opérateurs télécoms suffira à convaincre davantage d'investisseurs étrangers de s'engager durablement sur ce marché. Car au-delà des records de capitalisation, c'est bien la profondeur des échanges qui déterminera la capacité de la BRVM à transformer cette performance historique en attractivité durable pour les capitaux internationaux.

Articles similaires

ÉconomieDédollarisation : sous-traitants miniers payés en francs congolais, ce que la BCC impose désormaisLa réforme du change engagée en octobre 2026 vise à mieux capter les devises minières et à imposer la monnaie nationale dans les transactions intérieures. Sa réussite dépendra de la stabilité du franc. La Banque centrale du Congo (BCC) a engagé en octobre 2026 une réforme de la rÉconomiePaiements numériques africains, Mastercard alerte sur le risque qui menace les 1 500 milliards de dollarsAlors que l'usage du mobile money et de la banque en ligne s'étend sur le continent, les attaques progressent plus vite qu'ailleurs dans le monde. Les organisations africaines ont subi 69 236 cyberincidents en 2025, soit environ un toutes les huit minutes, selon le livre blanc AfÉconomieMobile money : voici pourquoi la BCEAO autorise désormais des soldes deux fois plus élevésLe relèvement des plafonds de monnaie électronique dans l'Union monétaire ouest africaine (UMOA) ouvre une nouvelle étape pour le mobile money. À partir du 2 novembre 2026, les clients pourront détenir jusqu'à 4 millions FCFA auprès d'un même émetteur, contre 2 millions auparavanÉconomieAu Sénégal, les commerçants contournent les banques pour payer leurs fournisseurs chinoisDes commerçants sénégalais se tournent de plus en plus vers Alipay et WeChat Pay pour régler leurs fournisseurs chinois, selon une enquête récente. Un importateur dakarois, qui témoigne sous un nom d'emprunt, estime qu'un virement de 3 000 euros (environ 1 968 000 FCFA) peut lui