Mercredi 12 août, le siège de BGFIBank RDC à Gombe a pris des allures inhabituelles. Des journalistes économiques, des chroniqueurs, mais aussi plusieurs figures publiques ont pris place dans la salle, invités à échanger autour du thème « Banque et médias, quels leviers pour accompagner la transformation économique de la RDC ? ». L’atmosphère, studieuse et attentive, laissait deviner que la rencontre ne se limiterait pas à un simple exercice de communication.
L’ambition affichée était double. D’un côté, offrir un moment de redevabilité et de pédagogie autour des résultats de la banque. De l’autre, ouvrir une discussion plus large sur la manière dont les institutions financières, les pouvoirs publics et la presse peuvent conjuguer leurs efforts pour rendre la vie économique du pays plus lisible.
C’est l’administrateur-Directeur général, Francesco De Musso, qui a ouvert le bal, avec une phrase qui a donné le ton de tout l’échange. \"La transformation économique de la République démocratique du Congo ne peut pas être portée par un seul acteur\", a-t-il lancé, avant de citer, dans la foulée, les pouvoirs publics, les entreprises, les institutions financières, les investisseurs et les médias comme autant de maillons d’une même chaîne.
Dans cette chaîne, le dirigeant a tenu à préciser la place que son établissement entend occuper. \"Notre responsabilité est d’accompagner cette transformation par le financement de l’économie, l’innovation, l’inclusion financière et la mise à disposition de solutions adaptées aux besoins de nos clients\", a-t-il insisté, avec la conviction d’un homme qui connaît ses chiffres autant que ses ambitions.
Et des chiffres, il y en avait. En cinq ans, le total du bilan de la banque est passé de 157,4 millions à 618,6 millions de dollars, une progression que peu d’observateurs auraient anticipée il y a encore quelques années. Les dépôts de la clientèle ont, eux, grimpé de 53,6 millions à 450,4 millions de dollars, pendant que les crédits nets accordés à l’économie sont passés de 78 millions à 331,8 millions de dollars. Au 30 juin 2026, le bilan culminait déjà à 738 millions de dollars, preuve d’une dynamique qui ne semble pas s’essouffler.
Cette trajectoire sert désormais de socle à un nouveau cycle stratégique, baptisé BRD28, qui doit couvrir la période 2026-2028. L’établissement veut accélérer sa digitalisation, revoir l’expérience proposée à ses clients et renforcer sa présence auprès des PME, des jeunes, des femmes et de la diaspora. L’agriculture, l’industrie et la santé figurent aussi parmi les secteurs que la banque entend accompagner davantage, dans une logique de diversification assumée. \"Nous voulons croître de manière saine, rentable, maîtrisée et durable\", a résumé Francesco De Musso, comme pour rappeler que l’ambition n’exclut pas la prudence.
La parole est ensuite revenue au ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya, venu apporter un regard institutionnel sur le rôle de la presse. \"Je pense que c’est vers la spécialisation qu’il faut qu’on se rende\", a-t-il déclaré, estimant que les sujets économiques et financiers restent trop souvent relégués au second plan, derrière l’actualité politique qui capte l’essentiel de l’attention médiatique.
Le porte-parole du Gouvernement a poursuivi sur cette lancée, insistant sur un travail de fond encore à accomplir. \"Il y a un travail à faire de manière générale sur une meilleure connaissance de notre pays\", a-t-il souligné, une remarque qui a résonné comme un appel adressé autant aux journalistes présents qu’aux institutions elles-mêmes.
Au fil des échanges, une idée s’est imposée sans avoir besoin d’être formulée explicitement. Celle d’un pays dont les mutations économiques restent parfois difficiles à saisir pour le grand public, faute d’un relais suffisamment outillé pour les décrypter. La rencontre a ainsi révélé, en creux, que le véritable défi ne se limite pas à financer des projets ou à digitaliser des services, mais bien à rendre ces avancées compréhensibles pour ceux qui en sont les premiers destinataires.
Cette question dépasse largement le cadre d’une seule banque ou d’un seul ministère. Elle interroge la capacité collective des acteurs financiers, publics et médiatiques congolais à travailler ensemble, non plus en parallèle, mais dans une véritable complémentarité. Et c’est peut-être là, plus que dans les chiffres eux-mêmes, que se joue la crédibilité durable de tout discours sur le développement du pays.

Par Pistis Kayembe

