Économie

La BEAC refait son infrastructure, la RDC réforme l'accès des citoyens non bancarisés

La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) engage le remplacement de son système de télécompensation régional avec SYSTAC2, une nouvelle génération de plateforme destinée à succéder à un dispositif conçu au milieu des années 2000. Le chantier concerne les six pays de la CEM

La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) engage le remplacement de son système de télécompensation régional avec SYSTAC2, une nouvelle génération de plateforme destinée à succéder à un dispositif conçu au milieu des années 2000. Le chantier concerne les six pays de la CEMAC, à savoir le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale. Cette modernisation intervient dans un environnement où les usages de paiement ont profondément évolué avec l'essor de la monnaie électronique, du mobile money et des services financiers numériques.

SYSTAC avait été conçu pour dématérialiser les paiements de masse et traiter les principaux instruments scripturaux, notamment les chèques, les virements et les effets de commerce. Deux décennies plus tard, ses limites fonctionnelles et technologiques apparaissent dans un environnement qui exige davantage de rapidité, de flexibilité et de sécurité. SYSTAC2 doit ainsi moderniser les échanges interbancaires et mieux répondre à l'évolution des usages numériques dans la sous région.

Pour les banques commerciales, l'enjeu dépasse donc la simple mise à jour informatique. La nouvelle plateforme doit améliorer les délais de traitement, renforcer la sécurité des échanges et permettre aux établissements financiers d'adapter leurs services à des clients de plus en plus habitués aux transactions numériques rapides. La modernisation de SYSTAC intervient également aux côtés d'autres évolutions de l'infrastructure financière régionale, notamment la modernisation du système SYGMA destiné aux règlements interbancaires de gros montants.

L'intégration financière reste toutefois l'un des défis persistants de la CEMAC. La circulation du franc CFA d'Afrique centrale entre les six économies membres continue de se heurter à des frictions opérationnelles et à des pratiques bancaires différentes selon les marchés. En modernisant son infrastructure de compensation, la BEAC cherche donc aussi à améliorer les conditions de circulation des paiements au sein de cet espace monétaire commun.

SYSTAC2 soulève par ailleurs une question plus large que la seule performance technique, celle de la maîtrise des infrastructures financières régionales. En conservant au niveau de la banque centrale une infrastructure centrale de compensation, la CEMAC maintient un contrôle institutionnel sur une brique essentielle de son système financier. Cette maîtrise prend une importance particulière alors que les paiements numériques font intervenir un nombre croissant d'acteurs technologiques et financiers.

La modernisation doit ainsi répondre simultanément à des exigences de performance, de résilience, de sécurité et de conformité. Elle intervient dans un contexte où la transformation numérique des paiements modifie progressivement le rôle des banques, des opérateurs de monnaie électronique et des prestataires technologiques. Pour la BEAC, l'enjeu est donc de disposer d'une infrastructure capable d'accompagner cette transformation sans fragiliser la stabilité du système financier régional.

Pendant que la BEAC modernise une infrastructure régionale de paiement partagée entre six économies, la République démocratique du Congo avance sur un autre front, celui de l'interconnexion entre identité numérique, services publics et secteur financier. Le protocole d'accord signé entre le Ministère de l'Économie Numérique et Equity BCDC place notamment le RDC PASS au cœur de cette convergence. L'intégration envisagée de cette identité numérique dans certains parcours bancaires doit créer des passerelles entre les services publics numériques et le secteur financier privé, sous réserve du respect de la réglementation en vigueur.

L'intérêt de cette démarche dépasse donc la seule banque. Elle touche à une brique fondamentale de l'économie numérique, celle d'une identité numérique capable de faciliter l'accès à différents services, notamment financiers. Le protocole met également en avant la protection des données à caractère personnel et la souveraineté numérique de l'État comme conditions de cette transformation.

Les trajectoires de la CEMAC et de la RDC ne répondent donc pas exactement aux mêmes problématiques. Là où la BEAC modernise un rail régional de compensation et de paiement, la RDC travaille sur une couche d'identité et d'accès aux services numériques susceptible de renforcer progressivement l'inclusion financière. Dans les deux cas, la transformation repose cependant sur la construction d'infrastructures numériques capables de rendre les services financiers plus accessibles, sécurisés et efficaces.

Deux trajectoires de modernisation avancent ainsi en parallèle en Afrique centrale. La CEMAC mutualise son infrastructure de paiement autour d'une monnaie commune, tandis que la RDC construit progressivement les briques numériques de sa propre infrastructure financière et administrative. La question de fond devient alors celle de l'interopérabilité et de la capacité de ces différents systèmes à communiquer un jour au-delà des frontières monétaires et réglementaires. SYSTAC2 constitue une étape importante pour la CEMAC, tandis que le RDC PASS illustre une autre dimension de cette transformation numérique de l'Afrique centrale.

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