Une absence n'est jamais neutre. Surtout quand elle se répète. Surtout quand elle touche un pays du poids économique de la République démocratique du Congo. Depuis son adhésion à la Communauté d'Afrique de l'Est en 2022, la RDC a manqué plusieurs réunions décisives du Comité des affaires monétaires. La dernière en date, celle du 24 juillet 2026 à Kampala, n'échappe pas à la règle.
André Wameso, gouverneur de la Banque centrale du Congo, n'était pas présent. Il a présenté ses excuses. Un geste de courtoisie. Mais un geste qui ne comble pas le vide laissé à la table des négociations. Avant lui, sa prédécesseure Marie Malangu Kabedi Mbuyi avait déjà été absente en 2023 et en 2025. Une fois, on évoque un contretemps. Trois fois, on parle d'un schéma.
Ce schéma a un coût politique. L'Union monétaire est-africaine repose sur un principe simple. Huit États discutent, ajustent, arbitrent ensemble les règles qui s'appliqueront à tous. Un pays absent ne pèse pas dans ces arbitrages. Il les subit.
Ce coût a aussi une dimension technique. Le suivi de la convergence macroéconomique, la préparation des institutions régionales, la coordination des travaux nécessitent une participation continue. Une présence irrégulière fragilise la capacité de la RDC à peser sur des dossiers qui la concernent directement, notamment sur les critères d'inflation, de déficit budgétaire, de dette et de réserves de change qu'elle devra elle aussi respecter.
Le dossier de l'East African Monetary Institute illustre bien cet enjeu. Le siège de cette future institution reste bloqué depuis 2019 faute de consensus entre les huit membres. Un pays absent des discussions perd mécaniquement de son influence sur ce type d'arbitrage, alors même que sa voix pourrait compter dans un dossier encore ouvert.
Il y a également une question de crédibilité régionale. La Communauté d'Afrique de l'Est évalue ses membres par les pairs. Elle appelle à consolider les plans d'action nationaux. Comment consolider une trajectoire commune quand l'un des huit partenaires n'est pas systématiquement autour de la table pour la construire avec les autres.
Le calendrier, lui, n'attend pas. L'échéance de 2031 approche. Les critères de convergence restent hors d'atteinte pour l'ensemble des membres. Dans ce contexte déjà tendu, chaque absence supplémentaire de la RDC réduit d'autant les chances du pays d'orienter un projet qui, à terme, s'imposera de toute façon à lui.
Une union monétaire ne se construit pas à distance. Elle se construit présence après présence, arbitrage après arbitrage. La RDC a rejoint l'EAC en 2022 avec une ambition régionale affichée. Cette ambition mérite désormais de se traduire par une constance dans l'engagement, pas seulement par des excuses présentées après coup.

Par Pistis Kayembe


