Économie

Mobile : le vrai gagnant de la guerre des télécoms en RDC n'est pas celui qu'on croit

Au deuxième trimestre 2025, la data a dépassé la voix comme principale source de revenus des opérateurs congolais. Une bascule qui traduit la place croissante du numérique dans le quotidien des Congolais, mais qui révèle aussi les limites d'un réseau encore fragile. Le marché con

Au deuxième trimestre 2025, la data a dépassé la voix comme principale source de revenus des opérateurs congolais. Une bascule qui traduit la place croissante du numérique dans le quotidien des Congolais, mais qui révèle aussi les limites d'un réseau encore fragile.

Le marché congolais des télécommunications vient de franchir un cap symbolique. Selon les derniers chiffres de l'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), l'Internet mobile a généré 307,18 millions USD au deuxième trimestre 2025, dépassant pour la première fois les revenus issus des appels vocaux, plafonnés à 232 millions USD. Ce basculement s'est opéré alors que le nombre d'abonnés actifs grimpait à 69,40 millions, contre 63,66 millions trois mois plus tôt, portant le taux de pénétration à 61,84 %. Le téléphone portable n'est plus seulement un outil de communication en RDC. Il est devenu la porte d'entrée principale vers les paiements numériques, les réseaux sociaux et les services en ligne.

Le chiffre d'affaires cumulé des opérateurs a progressé de 4,13 % sur la période, passant de 551,90 à 574,71 millions USD. Mais c'est la répartition de ces revenus qui retient l'attention. La data pèse désormais 53,59 % du secteur, contre 40,48 % pour la voix, qui n'a progressé que de 0,60 %. Les SMS, eux, continuent leur déclin et ne représentent plus que 4,58 % des recettes. Le message est clair : les opérateurs ne vivent plus de la vente de minutes d'appel, mais de gigaoctets.

Airtel devance ses concurrents sur la rentabilité

Ce nouvel équilibre redessine la hiérarchie du secteur. En nombre d'abonnés, Vodacom garde une confortable avance avec 24,65 millions de clients, soit plus d'un tiers du marché, devant Orange (21,07 millions), Airtel (19,84 millions) et Africell (3,83 millions). Le classement s'inverse toutefois quand on regarde les revenus data : Airtel prend la tête avec 127,41 millions USD, soit 41,48 % du marché, loin devant Orange (89,83 millions USD) et Vodacom (77,10 millions USD). L'opérateur confirme sa domination sur la consommation, avec près de 39 % des 383,21 milliards de mégabytes écoulés dans le pays sur le trimestre. Autrement dit, être leader en nombre de clients ne suffit plus : la vraie bataille se joue désormais sur la capacité à transformer les usages en chiffre d'affaires.

Cette embellie cache pourtant des fragilités. Le revenu moyen par utilisateur stagne, passant de 2,895 à 2,893 USD en trois mois à peine, signe que la guerre des forfaits et des promotions tire les marges vers le bas malgré l'explosion des usages. Plus préoccupant, l'ARPTC pointe une dégradation de la qualité des réseaux, un constat que confirme paradoxalement la hausse du trafic voix (+9,25 %) et des SMS (+2,69 %). Quand la connexion Internet flanche, les abonnés reviennent aux vieux réflexes. À cela s'ajoute la prolifération de terminaux non homologués, alors que plus de 5,8 millions de nouveaux appareils ont été enregistrés sur la période, dont un nombre croissant de téléphones contrefaits susceptibles de nuire à l'expérience utilisateur.

La RDC dispose donc désormais d'une base d'abonnés solide et d'un appétit numérique confirmé. Reste à savoir si les opérateurs sauront transformer cet essai en investissant massivement dans leurs infrastructures, sous peine de voir la croissance de la data buter durablement sur la qualité du service.

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