En 2025, CRDB Bank DR Congo termine l'année avec un bénéfice net de 8,26 milliards CDF, un résultat qui pourrait laisser penser que la jeune filiale congolaise du groupe tanzanien a définitivement trouvé son modèle de rentabilité. Mais ce chiffre repose en grande partie sur une conjoncture de taux directeur particulièrement favorable, une conjoncture qui est justement en train de disparaître.
Pendant l'essentiel de 2025, la Banque centrale du Congo a maintenu son taux directeur à 25 %, un niveau en vigueur depuis août 2023. CRDB, encore très liquide à l'époque, a massivement placé sa trésorerie sur le marché monétaire et dans des titres publics rémunérés à des niveaux élevés. Les revenus de trésorerie et interbancaires de la banque ont ainsi progressé de 79,7 % sur l'année, pour atteindre 16,62 milliards CDF, dont 15,13 milliards provenant directement des intérêts sur les bons du Trésor.
Cette manne s'est révélée progressivement moins généreuse au fil de l'année. Après être resté à 17,5 % en octobre 2025, le taux directeur de la BCC est descendu jusqu'à 12,5 % en juillet 2026, une baisse de treize points en un an à peine. Les placements de CRDB auprès de la Banque centrale et sur le marché monétaire sont désormais exposés à des rendements nettement inférieurs, suivant chaque baisse successive du taux directeur.
Un bénéfice qui ne provient pas principalement de la rentabilité opérationnelle récurrente
Le résultat brut d'exploitation de CRDB reste pourtant négatif à 11,54 milliards CDF pour 2025, et le résultat avant impôt et éléments exceptionnels ressort à moins 15,71 milliards CDF. Si la banque termine malgré tout l'année dans le vert, c'est notamment grâce à une reprise de 26,35 milliards CDF sur sa provision pour reconstitution du capital, une opération comptable liée à l'appréciation du franc congolais plutôt qu'à un excédent généré par ses opérations courantes.
Ce mécanisme ne pourra pas se répéter indéfiniment. Tant que la BCC maintenait un taux directeur élevé, une banque disposant d'un excédent de liquidités pouvait tirer des revenus importants de ses placements sans avoir à supporter le même niveau de risque que celui associé à une forte activité de crédit. Avec un taux ramené à 12,5 % et une trajectoire d'assouplissement qui semble se poursuivre, cette source de revenus s'amenuise mécaniquement, et la banque devra désormais chercher ailleurs la rentabilité qu'elle tirait auparavant de sa trésorerie.
CRDB a d'ailleurs déjà entamé ce virage. Ses crédits nets sont passés de 6,7 à 109,7 milliards CDF en un an, une progression qui a fait grimper leur poids dans le bilan de 3,2 % à près de 39 % des actifs. Ce basculement n'est plus seulement une opportunité stratégique, il devient une nécessité pour compenser l'assèchement progressif des revenus de trésorerie qui portaient jusqu'ici une partie importante des résultats de la banque.
Ce transfert de revenus s'accompagne mécaniquement d'un transfert de risque. Le risque de crédit réglementaire est passé de 146,9 à 207,3 milliards CDF en un an, et une catégorie de créances à surveiller, inexistante fin 2024, représente désormais environ 10 % du portefeuille brut. La banque devra prouver que cette nouvelle génération de prêts, accordée dans un contexte de croissance très rapide, produit une marge suffisante sans dégrader la qualité de ses engagements.
Avec un taux directeur ramené à 12,5 % et une inflation annuelle redescendue à 3,36 % fin août 2026, l'environnement qui a permis à CRDB de dégager un bénéfice en 2025 avec une rentabilité opérationnelle encore déficitaire appartient déjà en partie au passé. La prochaine mesure de performance de la banque ne sera plus la taille de son bilan ni le montant de son résultat net, mais sa capacité à générer, sur son activité de crédit elle-même, la marge que sa trésorerie ne lui offrira plus aussi généreusement dans les mois à venir.

Par Pistis Kayembe


