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E-commerce : pourquoi TikTok n'a pas pensé à l'Afrique en construisant "Buy Direct"

TikTok a présenté, le 5 octobre lors de l'Advertising Week de New York, un assistant d'achat propulsé par l'intelligence artificielle et une fonctionnalité baptisée \"Buy Direct\", qui permet de commander un article aperçu dans son fil sans quitter l'application. Pour construire

TikTok a présenté, le 5 octobre lors de l'Advertising Week de New York, un assistant d'achat propulsé par l'intelligence artificielle et une fonctionnalité baptisée \"Buy Direct\", qui permet de commander un article aperçu dans son fil sans quitter l'application. Pour construire cette expérience, le groupe s'appuie sur Shopify, Salesforce et Stripe. Ce dernier partenariat mérite qu'on s'y attarde avant de s'enthousiasmer, car son fonctionnement réel dessine déjà les limites de cette promesse pour le continent africain.

Stripe n'est pas disponible en accès direct dans la majorité des marchés africains. L'Afrique du Sud fait partie des marchés où Stripe propose directement ses services, tandis que d'autres pays disposent de solutions de paiement opérées par Paystack, filiale de Stripe depuis son rachat en 2020. Cette couverture reste néanmoins limitée à une partie du continent, laissant de nombreux marchés, dont la RDC, en dehors des infrastructures proposées par ces deux acteurs.

Un outil conçu sans l'Afrique en tête

Cette réalité technique change la portée de l'annonce pour un lecteur africain. Même si TikTok décidait un jour d'étendre \"Buy Direct\" au-delà des États-Unis, les infrastructures de paiement actuellement mobilisées pour cette fonctionnalité ne permettraient pas de la transposer immédiatement à la majorité des marchés du continent. L'innovation présentée comme universelle reste, dans sa configuration actuelle, construite sur une infrastructure financière qui ne couvre qu'une fraction du continent.

Ce schéma n'est pas isolé. Il rejoint une série de limitations déjà documentées pour d'autres services de paiement occidentaux sur le continent, où l'accès direct reste souvent réservé à une poignée de marchés jugés prioritaires, laissant les autres pays dépendre de solutions de contournement plus coûteuses et moins fiables.

Une audience qui nourrit la plateforme sans en capter la valeur

TikTok revendique plus d'un milliard d'utilisateurs dans le monde, et le continent africain compte parmi les régions où l'application connaît une croissance notable, portée par un public jeune et une production de contenus particulièrement dynamique au Nigeria, au Kenya ou en Afrique du Sud. Cette contribution à l'audience et à la viralité de la plateforme ne se traduit pourtant pas par une priorité dans le déploiement des outils de monétisation, qui débutent d'abord sur les marchés les plus avancés avant d'envisager une généralisation progressive.

Ce décalage pose une question simple, celle de savoir ce que le continent retire réellement de son poids démographique et de son engagement sur une plateforme dont il alimente pourtant les tendances culturelles les plus virales à l'échelle mondiale.

Un commerce conversationnel qui existe déjà, mais autrement

L'idée même d'acheter directement depuis une conversation n'a rien de nouveau pour un utilisateur africain. Une part importante du commerce en ligne du continent se pratique déjà par échange de messages, notamment sur WhatsApp, où un client négocie un prix, confirme sa commande et organise la livraison sans jamais quitter la conversation. La différence tient au mode de paiement, largement dominé par les espèces à la livraison ou par les portefeuilles mobiles comme M-Pesa, Orange Money ou Airtel Money, plutôt que par la carte bancaire.

L'assistant d'achat de TikTok reproduit la logique conversationnelle de ce commerce informel déjà bien installé, mais sa brique de paiement, pensée pour une infrastructure où la carte bancaire occupe une place centrale, ne parle pas nativement le langage des portefeuilles mobiles qui font fonctionner une grande partie des transactions africaines. Un vendeur congolais qui utilise déjà WhatsApp pour conclure ses ventes ne gagnerait, à ce stade, aucune fonctionnalité nouvelle en basculant vers un outil pensé pour un écosystème de paiement auquel il n'a pas accès.

Les géants du numérique multiplient les annonces autour du commerce assisté par intelligence artificielle, chacun avec sa propre vision du parcours d'achat idéal. Mais tant que ces infrastructures continueront d'être bâties sur des rails de paiement qui couvrent une partie limitée des marchés africains, la promesse d'un achat en un clic restera, pour une grande partie du continent, une fonctionnalité qu'on regarde se déployer ailleurs plutôt qu'un outil qu'on utilise soi-même.

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