Rémunérer les réserves obligatoires en francs congolais à 0,5% et dégeler une partie des ressources immobilisées modifie les conditions de gestion des banques. Mais cette évolution soulève une question plus importante pour l'économie congolaise. Dans quelle mesure cette incitation monétaire peut-elle contribuer à financer davantage les entreprises et à renforcer l'usage du franc dans le système bancaire ?
La décision prise le 8 octobre 2026 par le Comité de politique monétaire de la Banque centrale du Congo introduit un changement dans la gestion des ressources bancaires. Les établissements de crédit peuvent désormais percevoir un revenu sur les réserves obligatoires constituées en monnaie nationale. Associée au dégel partiel de la réserve cristallisée, cette mesure leur offre de nouvelles marges de manœuvre.
Pour autant, une meilleure rémunération des ressources immobilisées ne conduit pas nécessairement à une progression des crédits. Les banques restent attentives au risque de défaut, à la qualité des garanties et au rendement des placements disponibles. Même lorsque les liquidités sont abondantes, le financement d'une entreprise dépend de la capacité de celle-ci à présenter un projet viable et à démontrer qu'elle pourra rembourser son emprunt.
Cette réalité place les établissements de crédit au cœur de la réforme. En rendant les réserves en francs rémunératrices, la BCC améliore les conditions économiques de détention de la monnaie nationale. Mais pour que cette incitation dépasse les bilans bancaires, les banques devront également apprécier les possibilités de financement en francs et les besoins des agents économiques. La décision monétaire crée une condition favorable, sans déterminer à elle seule les choix commerciaux des prêteurs.
Un écart de rendement qui interroge la portée réelle de la mesure
La question concerne aussi la place du franc congolais dans l'intermédiation financière. Dans une économie où les dépôts en devises occupent une place importante, encourager la détention et l'utilisation de la monnaie nationale constitue un objectif distinct de la simple gestion de la liquidité. La part des dépôts en monnaie nationale s'établissait à 11,7% à fin juin 2026, contre 12,1% un mois plus tôt, selon la note de conjoncture de la BCC, un recul qui précède la mesure annoncée en octobre mais qui situe le point de départ sur lequel elle devra agir.
Le contexte rend cette transmission particulièrement incertaine. La BCC faisait état, dans sa note au 2 octobre, d'une liquidité abondante et d'une forte demande de Bons BCC à court terme, des instruments dont le rendement s'est récemment négocié autour de 13% à 14% sur des échéances de sept jours. Face à un tel écart, les 0,5% offerts sur les réserves obligatoires représentent une fraction marginale du rendement que les banques obtiennent déjà sur d'autres placements disponibles. Cette situation rappelle que la disponibilité des ressources ne suffit pas à orienter spontanément les fonds vers le crédit à l'économie, et que l'écart de rendement entre les deux instruments pourrait limiter la capacité de la nouvelle rémunération à peser sur les arbitrages bancaires.
Les banques doivent arbitrer entre plusieurs emplois possibles de leurs liquidités, selon les rendements attendus et les risques associés. Rien n'indique, à ce stade, que 0,5% constitue un signal suffisant pour infléchir cet arbitrage en faveur du crédit en monnaie nationale, plutôt qu'en faveur des Bons BCC ou des Bons du Trésor, dont les rendements récents ont atteint 9,64% sur une maturité de trois mois.
Ce que la suite devra démontrer
La portée de la réforme devra donc être appréciée à partir de résultats observables. L'évolution des crédits accordés en francs, les conditions appliquées aux emprunteurs et la progression des dépôts en monnaie nationale permettront de mieux comprendre ses effets. Il faudra également distinguer l'impact direct de la rémunération des réserves de celui du dégel partiel, qui agit sur la disponibilité des ressources bancaires.
La BCC a modifié les conditions dans lesquelles les banques détiennent une partie de leurs ressources en francs congolais. La suite dépendra de la manière dont ces établissements intégreront cette mesure à leurs décisions de financement, dans un contexte où l'écart entre le rendement des réserves obligatoires et celui des instruments de marché reste considérable. Car encourager le franc dans les bilans bancaires et renforcer son rôle dans l'économie sont deux objectifs liés, mais distincts. C'est dans la progression effective du financement en monnaie nationale, et non dans le seul recul de la part des dépôts en devises déjà observé avant la mesure, que la portée de cette réforme pourra être jugée.

Par Pistis Kayembe


