Le billet de 20 000 francs congolais vient de décrocher la deuxième place du Best African Circulating Banknote 2026, avec 77,61 points, juste derrière la coupure de 2 000 escudos du Cap-Vert. Une reconnaissance qui valorise le travail de la Banque centrale du Congo et la qualité du billet congolais sur le plan technique. Mais derrière cette distinction se pose une question plus importante pour l'économie congolaise. Est-ce réellement le franc congolais qui progresse, ou seulement certains indicateurs qui donnent aujourd'hui cette impression ?
1. Un billet primé pour sa sécurité
Le score obtenu par le billet de 20 000 francs récompense avant tout ses caractéristiques techniques et ses dispositifs de sécurité. Filigrane à tête de léopard, fil de sécurité, impression en taille-douce, numérotation fluorescente, micro-textes, pastille holographique et image latente participent à sa qualité comme instrument fiduciaire. La distinction vient donc reconnaître un objet monétaire bien conçu, capable de répondre à des exigences élevées en matière de protection contre la contrefaçon. C'est une bonne nouvelle pour l'institution qui l'émet et pour l'image de la monnaie congolaise.
Mais un billet peut être techniquement performant sans que la monnaie qu'il représente bénéficie automatiquement d'une confiance équivalente dans l'économie. Le prix mesure la qualité du support physique, pas la place réelle du franc dans les échanges. Il ne dit rien, par exemple, sur la proportion des paiements effectués en monnaie nationale, sur les préférences des entreprises ou sur la part des revenus conservés en francs. Cette distinction est essentielle, car la force d'une monnaie ne se limite jamais à l'apparence ou à la sécurité de ses billets.
2. Une appréciation qui ne dit pas tout
Le taux de change fournit un deuxième élément beaucoup plus directement lié à la perception de la monnaie. Le 31 juillet 2025, il fallait 2 882,42 francs pour obtenir un dollar. Le 2 septembre 2026, ce taux était descendu à 2 264 francs. Pour acheter 10 dollars, il fallait donc environ 28 824 francs il y a un peu plus d'un an, contre environ 22 640 francs aujourd'hui. Sur cette seule comparaison, le franc congolais s'est nettement apprécié face au dollar. Pour les ménages et les entreprises qui doivent convertir leurs revenus en devises, cette évolution peut représenter une amélioration significative.
Mais une monnaie qui s'apprécie sur le marché des changes ne retrouve pas automatiquement toute sa fonction économique. Le taux de change est un indicateur important, mais il ne résume pas à lui seul la confiance accordée à une devise. Il faut également regarder la manière dont les acteurs économiques choisissent de conserver leur épargne, de fixer leurs prix, de conclure leurs contrats et d'effectuer leurs paiements. Dans une économie où le dollar conserve une place importante, une amélioration du taux de change peut donc coexister avec une préférence persistante pour la devise américaine dans certaines décisions économiques.
3. Des dépôts en progression, mais pas en ligne droite
Les données bancaires apportent justement un autre éclairage. En juin 2025, les dépôts en monnaie nationale représentaient 9,76 % du total des dépôts bancaires. Cette proportion est montée à 12,82 % en décembre 2025, avant de revenir à 11,5 % dans les dernières données disponibles, sur un total de 46 582,81 milliards de francs congolais. Le niveau actuel reste ainsi supérieur à celui observé en juin 2025. Il montre qu'une part plus importante des dépôts est aujourd'hui détenue en monnaie nationale qu'au point de départ.
La comparaison avec décembre permet toutefois de nuancer cette lecture. La progression n'est pas régulière et le sommet de 12,82 % n'a pas été maintenu. Cela signifie qu'il serait prématuré de parler d'un retour massif et continu des dépôts en francs congolais. L'évolution mérite plutôt d'être suivie dans la durée. Si la part de la monnaie nationale continue de progresser sur plusieurs périodes, le signal deviendra plus solide. Pour l'instant, les données montrent une amélioration réelle, mais encore irrégulière, dans un système bancaire où les devises occupent toujours une place considérable.
4. Une échéance réglementaire à surveiller de près
Le prochain test pourrait finalement être beaucoup plus concret et se jouer dans les transactions quotidiennes. À partir du 9 avril 2027, les transactions en espèces en devises étrangères devront obligatoirement passer par des moyens scripturaux. Cette évolution réglementaire pourrait modifier certaines habitudes de paiement et pousser davantage d'acteurs économiques vers les circuits bancaires et numériques. Elle permettra surtout d'observer comment les entreprises, les commerçants et les particuliers adaptent leurs pratiques lorsque l'utilisation physique des devises sera davantage encadrée.
C'est à ce moment que la question de l'usage réel du franc congolais prendra une dimension beaucoup plus intéressante. Si les transactions se déplacent effectivement vers les comptes bancaires et les moyens de paiement scripturaux, il faudra alors regarder quelle monnaie circule réellement derrière ces opérations. Le franc congolais gagnera véritablement du terrain si les acteurs économiques choisissent de l'utiliser davantage pour payer, épargner et régler leurs obligations. La réglementation peut créer les conditions du changement, mais elle ne peut pas, à elle seule, créer la confiance nécessaire à une adoption durable.
5. Une double reconnaissance qui ne dit pas tout
Le 27 mai 2026, André Wameso a reçu à Brazzaville le prix de Central Bank Governor of the Year. Quelques mois plus tard, c'est un billet émis par l'institution qu'il dirige qui obtient à son tour une distinction continentale. Ces deux reconnaissances contribuent à renforcer l'image de la Banque centrale du Congo et à mettre en avant son action dans un contexte monétaire particulièrement observé. Elles constituent donc des signaux positifs pour l'institution, mais elles ne peuvent pas être assimilées à une mesure directe de la confiance des Congolais dans leur monnaie.
Cette confiance se mesure ailleurs, dans les choix quotidiens des ménages, des entreprises, des banques et des commerçants. Le franc congolais peut obtenir une excellente note dans un concours consacré aux billets, s'apprécier face au dollar et voir sa part progresser dans les dépôts bancaires sans que cela signifie nécessairement que la dollarisation de l'économie a profondément reculé. Sa véritable progression se vérifiera lorsque son utilisation deviendra plus naturelle dans les commerces, les contrats, l'épargne et les paiements. Le billet de 20 000 francs vient peut-être de gagner un prix. La prochaine victoire du franc congolais devra, elle, se gagner dans l'économie réelle.

Par Pistis Kayembe


