Le groupe AXIAN et la Banque africaine de développement viennent d’annoncer un programme d’inclusion financière destiné à plus de 34 000 entreprises dirigées par des femmes dans cinq pays africains. L’initiative est présentée comme une contribution à la réduction du déficit de financement estimé à 49 milliards de dollars pour les entreprises dirigées par des femmes en Afrique. Mais entre l’ampleur du problème annoncé et la nature réelle du dispositif déployé, l’écart mérite d’être examiné de plus près.
Le déficit de 49 milliards de dollars est mis en avant dans la communication autour du programme. En revanche, aucun montant global ne semble accompagner la présentation de l’initiative elle même, ni volume de crédit à distribuer ni enveloppe financière totale mobilisée par AXIAN et la BAD. Cette absence ne permet pas de mesurer précisément l’effort financier consenti au regard du déficit annoncé. Elle laisse surtout ouverte une question essentielle, quelle part du besoin identifié ce programme entend il réellement couvrir ?
Le programme se structure autour de deux axes. Le premier propose des produits financiers numériques à 34 000 entreprises dans trois pays, Madagascar, la Tanzanie et le Sénégal. Le second prévoit des formations en éducation financière et en compétences numériques pour 25 000 femmes réparties sur cinq pays, avec le Togo et les Comores qui s’ajoutent aux trois premiers.
Avec 25 000 bénéficiaires annoncées pour la formation contre 34 000 entreprises ciblées par les produits financiers, les deux volets présentent des volumes de bénéficiaires relativement proches. Mais ils correspondent à des interventions de nature différente. La formation renforce les capacités des entrepreneures, tandis que l’accès au financement peut agir directement sur leur capacité d’investissement, de trésorerie ou de croissance. La portée du programme dépendra donc moins du seul nombre de bénéficiaires que de la proportion d’entreprises qui accéderont effectivement à des ressources financières et du montant mobilisé pour chacune d’elles.
Le Togo et les Comores apparaissent uniquement dans le volet consacré à la formation. Les entrepreneures ciblées dans ces deux pays bénéficieront ainsi d’un accompagnement en compétences numériques et financières, sans accès direct, dans le cadre annoncé du programme, aux produits financiers proposés dans les trois autres marchés. Cette différence montre que l’expression inclusion financière ne recouvre pas exactement la même réalité dans chacun des cinq pays concernés.
Le programme prévoit de s’appuyer sur des capacités alternatives d’évaluation de la solvabilité afin d’atteindre des femmes traditionnellement moins bien servies par les systèmes financiers conventionnels. Cette approche peut permettre d’élargir l’accès au financement, mais les informations disponibles ne précisent pas encore la nature exacte des données et critères utilisés. Elles ne permettent pas non plus d’apprécier les mécanismes de protection prévus pour garantir que l’accès facilité au crédit reste compatible avec la capacité réelle de remboursement des bénéficiaires.
Le programme touchera un nombre significatif d’entreprises, mais il doit être replacé dans l’échelle du problème financier auquel il entend contribuer. Un dispositif destiné à 34 000 entreprises ne peut évidemment pas, à lui seul, résorber un déficit estimé à 49 milliards de dollars. Cela ne réduit pas son utilité pour les bénéficiaires concernées. Mais cela impose de présenter l’initiative pour ce qu’elle est, une contribution ciblée à un problème continental beaucoup plus vaste, plutôt qu’une réponse susceptible de le résoudre à elle seule.
Le PDG d’AXIAN Digibank et Fintech, Erwan Gelebart, affirme que le défi ne réside pas dans l’esprit d’entreprise, mais dans l’accès au financement, aux outils numériques et aux opportunités de croissance. Cette lecture rejoint directement la logique du programme. Mais elle conduit aussi à une question plus précise que le simple nombre de bénéficiaires, combien d’entreprises accéderont effectivement au financement et quelle capacité financière réelle ce dispositif mettra t il à leur disposition ?
Ce programme pourra produire des effets concrets pour les entreprises et les femmes qu’il accompagne. Mais sa portée réelle se mesurera dans le temps. Il faudra notamment observer le montant des financements effectivement accordés, le nombre d’entreprises ayant obtenu un crédit, leur capacité à développer leur activité et la pérennité des bénéficiaires après leur accompagnement. Des initiatives de cette nature, répétées et élargies au fil des années, peuvent contribuer à réduire un déficit de financement de plusieurs dizaines de milliards. La question est donc moins de savoir si ce programme est utile que de déterminer s’il est suffisamment important, durable et reproductible pour peser réellement sur l’ampleur du problème qu’il entend contribuer à résoudre.

Par Pistis Kayembe


