Le marché mondial du cuivre se retrouve face à une équation que les acteurs du secteur commencent désormais à poser publiquement, celle qui relie directement l'expansion de l'intelligence artificielle à l'ouverture de nouvelles mines africaines. Selon des propos rapportés cette semaine par Bloomberg, le fondateur d'Ivanhoe Mines, Robert Friedland, affirme discuter avec de grands groupes technologiques américains intéressés à la fois par un futur approvisionnement en cuivre et par le financement de son projet Western Forelands, en République démocratique du Congo.
Ces échanges interviennent alors qu'Ivanhoe vient d'augmenter de 30 % l'estimation des ressources de l'une de ses principales découvertes sur ce site. Le groupe minier canadien a annoncé le mardi 8 septembre que de nouveaux forages avaient porté à environ 12 millions de tonnes la quantité de cuivre contenue dans les ressources du district de Makoko. L'entreprise mène cette année son plus important programme de forage jamais engagé à Western Forelands, avec 94 500 mètres, et prévoit de l'intensifier encore au quatrième trimestre.
Ce qui distingue cette annonce d'une simple mise à jour géologique, c'est l'identité de ceux qui s'y intéressent. Friedland évoque des hyperscalers de la Silicon Valley, ces groupes qui construisent les plus grandes infrastructures numériques mondiales, et précise que les discussions ne portent pas uniquement sur l'achat futur du métal une fois la mine en production, mais aussi sur un possible financement de sa construction. Un centre de données ne consomme pas seulement de l'électricité et du silicium. Il nécessite aussi, en amont, des câbles, des transformateurs et des circuits, tous fabriqués à partir de cuivre.
L'ampleur de ce mouvement se lit dans les projections mêmes du secteur. BHP estime que la consommation mondiale de cuivre directement liée aux centres de données pourrait passer d'environ 500 000 tonnes aujourd'hui à 3 millions de tonnes par an en 2050. Cette progression donnerait au secteur numérique un poids croissant dans la demande mondiale de cuivre et pourrait pousser les groupes technologiques à sécuriser leurs approvisionnements avant même que les tensions sur le marché ne deviennent plus fortes.
Un rapprochement encore rare, mais révélateur
Ce mouvement n'est pas totalement inédit. En janvier, Amazon Web Services a conclu un accord avec Rio Tinto pour utiliser dans ses centres de données américains du cuivre produit à la mine Johnson Camp, en Arizona. Ce précédent reste isolé, mais il indique une direction, celle où les acteurs du numérique cessent de considérer les matières premières comme une simple ligne de coût lointaine et commencent à s'impliquer directement dans leur sécurisation.
Si des hyperscalers venaient effectivement à financer la construction d'une mine plutôt qu'à se contenter d'acheter du cuivre sur le marché une fois celle-ci en production, la nature même des décideurs de ce type de projet s'en trouverait modifiée. Historiquement, ce sont des banques, des États ou des négociants de matières premières qui structurent le financement des mines congolaises. L'entrée éventuelle de groupes technologiques dans ce rôle introduirait un acteur dont la logique n'est pas celle d'un investisseur minier classique, mais celle d'une entreprise cherchant à sécuriser sa propre chaîne d'approvisionnement numérique.
La RDC occupe, dans cette perspective, une position que peu de pays producteurs de cuivre peuvent revendiquer. Le pays était en 2024 le deuxième producteur mondial de cuivre minier, avec 2,99 millions de tonnes, soit environ 13 % de la production minière mondiale, selon l'US Geological Survey. Ivanhoe y exploite déjà, avec le chinois Zijin Mining, le complexe de Kamoa-Kakula, devenu l'un des principaux sites cuprifères au monde. Western Forelands, dont certaines zones peu profondes pourraient être exploitées à ciel ouvert, permettrait selon Friedland une mise en production en trois à quatre ans seulement.
Rien de tout cela ne constitue encore un contrat signé. Ivanhoe n'a identifié aucun des groupes avec lesquels il affirme discuter, aucun financement ni accord d'approvisionnement n'a été formalisé, et le projet reste au stade de l'exploration, avec une étude de cadrage prévue seulement au premier trimestre 2027. Mais la seule mention publique de ces discussions montre que les besoins croissants de l'intelligence artificielle commencent à rapprocher les grands groupes technologiques des ressources minières dont dépend leur infrastructure. La RDC pourrait ainsi prendre une place plus stratégique dans cette nouvelle chaîne d'approvisionnement.

Par Pistis Kayembe


