Mastercard veut faire tomber une des principales barrières des wallets numériques africains. Avec Wallet Pay, lancé le 10 septembre, le réseau de paiement cherche à connecter les portefeuilles numériques à son infrastructure mondiale, sans obliger leurs utilisateurs à abandonner leur wallet habituel. MTN et AXIAN figurent parmi les partenaires annoncés, avec leurs plateformes MoMo, Mixx et MVola.
La logique est simple. Un client peut continuer à utiliser l'application ou le service qu'il connaît pour gérer son argent, tout en bénéficiant d'une capacité de paiement beaucoup plus large. Mastercard présente Wallet Pay comme une suite de solutions destinée à connecter les wallets aux paiements sans contact, aux QR codes, au commerce en ligne et aux transferts transfrontaliers. Sa plateforme revendique un accès à plus de 150 millions de points d'acceptation dans 250 pays et territoires.
Pour les opérateurs africains, cette évolution répond à une limite connue du mobile money. Les grands wallets ont construit leur puissance sur des réseaux locaux d'agents, de commerçants et d'utilisateurs, mais leur capacité à fonctionner au-delà de leur marché d'origine reste plus complexe. Mastercard cherche précisément à réduire cette frontière en reliant les wallets à un réseau déjà largement accepté dans le monde.
L'Afrique occupe une place particulière dans cette stratégie. MTN compte parmi les partenaires de Wallet Pay et Mastercard affirme que son accord doit connecter des millions d'utilisateurs MoMo à l'économie mondiale. AXIAN met de son côté en avant ses marques Mixx et MVola, avec l'ambition de combiner leur présence locale avec une portée internationale. Les deux groupes disposent déjà d'une expérience avec Mastercard, notamment sur les cartes virtuelles et les paiements internationaux.
Ce rapprochement ne signifie pas que les wallets africains deviennent des cartes Mastercard. Le modèle est différent. Wallet Pay permet notamment de tokeniser des comptes de wallets afin de permettre des paiements sans contact et en ligne auprès de plus de 150 millions de commerçants acceptant Mastercard. D'autres briques couvrent les transferts entre cartes, wallets et comptes, ainsi que l'émission de cartes et les paiements transfrontaliers.
Cette architecture peut aussi changer la manière dont les opérateurs envisagent leur développement. Jusqu'ici, l'essentiel de la bataille se jouait autour de la conquête du client, du réseau d'agents et du volume de transactions dans chaque marché. En ajoutant une couche d'acceptation mondiale, un wallet peut chercher à conserver sa relation avec l'utilisateur tout en s'appuyant sur une infrastructure qu'il n'aurait pas nécessairement intérêt à construire seul.
Le mouvement n'est d'ailleurs pas entièrement nouveau. En 2024, Mastercard et MTN avaient déjà annoncé un accord couvrant 13 marchés africains pour donner aux utilisateurs MoMo accès à une carte virtuelle utilisable auprès de plus de 100 millions de points d'acceptation dans le monde. Le lancement de Wallet Pay élargit désormais cette logique à une gamme plus large de services et à plusieurs grands fournisseurs de wallets.
La question qui se pose désormais est celle de la répartition du pouvoir dans cette nouvelle architecture. Les opérateurs africains possèdent la relation avec leurs clients, leurs marques, leurs réseaux de distribution et une connaissance fine des usages locaux. Mastercard apporte de son côté le réseau international, les standards de paiement et une infrastructure capable de relier ces wallets à des millions de commerçants et d'autres institutions financières.
Le mobile money africain ne se mesurera bientôt plus seulement au nombre d'utilisateurs d'un wallet, mais à la distance que ce wallet peut lui faire parcourir dans le monde. Si Mastercard réussit son pari, MoMo, Mixx ou MVola pourraient rester profondément africains dans leur expérience tout en devenant beaucoup plus ouverts sur le reste du monde. Le véritable changement se jouerait alors moins dans l'application visible par l'utilisateur que dans l'infrastructure qui fonctionne derrière son écran.

Par Pistis Kayembe


