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Startups : la prochaine licorne francophone pourrait venir de Kinshasa, à une condition

Tunisie, Maroc, Sénégal, Cameroun, Côte d'Ivoire. Voilà les cinq pays qui ressortent en tête des écosystèmes startup francophones dans le classement 2026 de StartupBlink. Cinq trajectoires différentes, mais une même réalité. Ces marchés ont progressivement construit des environne

Tunisie, Maroc, Sénégal, Cameroun, Côte d'Ivoire. Voilà les cinq pays qui ressortent en tête des écosystèmes startup francophones dans le classement 2026 de StartupBlink. Cinq trajectoires différentes, mais une même réalité. Ces marchés ont progressivement construit des environnements capables de transformer les entrepreneurs, les capitaux et l'innovation en véritables moteurs de croissance. Et au milieu de cette liste, une absence interpelle. Où est la RDC ?

Cette absence ne dit pourtant rien du talent congolais. Kinshasa regorge d'entrepreneurs et de projets dans la fintech, le commerce numérique, l'agritech, la logistique ou encore la santé numérique. Le marché est immense, la population est jeune et les problèmes à résoudre sont nombreux. Sur le papier, la RDC possède donc plusieurs ingrédients d'un grand marché d'innovation. Mais disposer d'un potentiel ne signifie pas encore disposer d'un écosystème capable de le transformer en entreprises compétitives.

C'est probablement là que se trouve le principal retard congolais. Un pays ne devient pas un hub startup simplement parce qu'il compte des entrepreneurs motivés. Il lui faut un système autour d'eux, avec du financement en amorçage, des talents qualifiés, des incubateurs solides, des infrastructures fiables, une réglementation prévisible, des investisseurs actifs et surtout des clients capables de soutenir la croissance. L'enjeu n'est donc pas seulement de créer des startups. Il est de créer les conditions permettant à ces startups de survivre, de grandir, de lever des fonds et de sortir du marché national.

Le Maroc montre ce que peut produire une stratégie publique structurée. Avec Maroc Digital 2030, le pays veut accélérer sa transformation numérique et faire émerger davantage de startups, tout en renforçant les infrastructures, les compétences et l'attractivité technologique. L'organisation régulière de GITEX Africa à Marrakech contribue aussi à connecter les entrepreneurs marocains aux investisseurs et aux marchés internationaux. L'innovation n'y est plus seulement perçue comme une affaire d'entrepreneurs. Elle devient un élément de politique économique.

La Tunisie offre une autre leçon, celle de la prévisibilité réglementaire. En 2018, elle a adopté le Startup Act, un cadre conçu spécifiquement pour faciliter la création et le développement des jeunes entreprises innovantes. Pour un investisseur ou un entrepreneur qui hésite à s'engager, la clarté des règles réduit une partie du risque. Dans un écosystème startup, cette confiance compte autant que la disponibilité du capital.

La RDC vient justement d'en donner une illustration. L'arrêté interministériel n°015 du 20 juillet 2026, fixant les droits, taxes et redevances applicables au secteur numérique, a suscité de vives inquiétudes parmi plusieurs acteurs du secteur. Certains redoutaient que ces nouvelles dispositions ne pèsent sur les jeunes entreprises technologiques et ne ralentissent les efforts engagés pour construire une économie numérique compétitive.

La clarification est finalement venue le 6 août, à l'issue d'une séance de travail entre le ministre de l'Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, et les représentants de l'écosystème numérique. L'arrêté n'est pas suspendu et reste pleinement en vigueur. Surtout, le ministre a confirmé que les startups ne sont pas assujetties aux droits, taxes et redevances prévus par ce texte, conformément à l'exonération qui leur est accordée par le Code du numérique.

Cette séquence révèle toutefois un enjeu plus large. Dans un écosystème encore en construction, la confiance dépend autant du contenu des règles que de la qualité du dialogue qui précède et accompagne leur mise en œuvre. La décision d'instaurer un cadre permanent de concertation entre le Gouvernement et les acteurs du numérique, ainsi que la proposition d'un baromètre stratégique du secteur, vont donc dans la bonne direction. Pour attirer des entrepreneurs et des investisseurs, la RDC devra désormais transformer cette volonté de dialogue en mécanisme durable, capable d'anticiper les incompréhensions et de produire des données fiables sur l'évolution de l'écosystème.

Le Sénégal et la Côte d'Ivoire montrent, eux, l'importance des réseaux d'accompagnement. Dakar dispose d'acteurs publics, privés et internationaux qui rapprochent entrepreneurs, mentors, investisseurs et grandes entreprises. Abidjan bénéficie également d'un réseau de structures dédiées à l'entrepreneuriat technologique. Ce qui compte n'est pas seulement l'existence d'un incubateur de plus, mais la capacité de plusieurs acteurs à créer une continuité entre l'idée, le financement, la croissance et l'accès aux marchés.

Le cas du Cameroun est peut-être le plus intéressant pour la RDC. Les deux pays appartiennent à la même région, évoluent dans des environnements économiques complexes et disposent de marchés importants. Pourtant, le Cameroun parvient à mieux transformer ses talents et ses initiatives en visibilité régionale. Douala et Yaoundé concentrent un nombre important d'acteurs technologiques, de startups, d'incubateurs et de profils techniques. La question devient alors beaucoup plus inconfortable pour Kinshasa. Qu'est-ce que le Cameroun a réussi à structurer que la RDC peine encore à transformer en avantage collectif ?

Le paradoxe congolais apparaît alors clairement. La RDC possède probablement davantage de problèmes à résoudre que la plupart des marchés qui la devancent. Mais un problème n'est pas automatiquement une opportunité entrepreneuriale. Pour devenir une entreprise capable de changer d'échelle, il faut pouvoir tester rapidement une solution, trouver des clients, accéder au financement et recruter des talents. Il faut aussi penser à l'expansion régionale dès les premières étapes.

L'immensité du marché congolais peut donc devenir un avantage ou un piège. Elle offre une base considérable de consommateurs, mais elle peut aussi donner aux startups l'illusion qu'elles peuvent construire leur croissance sans regarder au-delà des frontières. La priorité devrait être de renforcer le financement en phase d'amorçage, de professionnaliser l'accompagnement et de connecter davantage les startups congolaises aux investisseurs africains et internationaux. Il faut également produire davantage de données fiables sur l'écosystème pour mieux mesurer ses progrès et rendre son potentiel visible.

La vraie question n'est donc pas de savoir pourquoi la RDC n'apparaît pas encore dans ce Top 5. Un classement ne crée pas un écosystème. Il mesure la capacité d'un environnement à faire émerger et grandir des entreprises innovantes. La RDC n'a pas besoin d'apparaître artificiellement dans les prochains classements. Elle doit construire les conditions qui rendront son absence de plus en plus difficile à justifier.

Le problème n'est finalement pas de savoir si les Congolais ont suffisamment de talent pour créer une licorne. Ils en ont. Le véritable enjeu est de savoir si l'écosystème congolais est aujourd'hui capable de la faire grandir jusqu'à cette taille. Tant que les entrepreneurs resteront plus structurés que l'environnement qui les entoure, la RDC continuera de produire des initiatives prometteuses sans parvenir à transformer suffisamment de ces succès individuels en puissance collective. C'est précisément ce changement de logique qui pourrait faire entrer Kinshasa dans la prochaine génération des grands écosystèmes startup africains.

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