Le gouverneur de la Banque centrale du Congo affirme que la monnaie nationale n’a jamais été aussi stable depuis 1998. Une performance qu’il attribue à son mandat et qui sert désormais de socle à une stratégie plus large visant à limiter la circulation du dollar dans les transactions courantes.
C’est au cours d’un Space organisé jeudi 13 août par le journaliste Stanis Bujakera, d’Actualité.cd, que le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a livré un état des lieux inhabituellement optimiste sur la santé du franc congolais. Selon lui, la monnaie nationale n’a jamais connu une telle appréciation depuis sa création en 1998, et cette tendance se maintient de façon stable depuis plus d’un an maintenant. Un constat que le gouverneur relie directement à son passage à la tête de l’institution monétaire congolaise.
\"Ceci a donné confiance en notre monnaie nationale\", a déclaré Wameso, résumant en une phrase l’objectif poursuivi par la BCC depuis plusieurs mois. Car derrière cette communication se cache une ambition plus vaste, celle de faire du franc congolais un instrument monétaire crédible aux yeux des Congolais eux-mêmes, dans un pays où le réflexe de recourir au dollar reste profondément ancré dans les habitudes de consommation et d’épargne.
Le gouverneur a tenu à expliquer les ressorts de cette stabilité monétaire, en s’écartant volontairement des explications classiques fondées sur les grands indicateurs macroéconomiques. \"Dans une économie comme la nôtre, le taux de change n’est pas forcément influencé par ce qu’on aime bien appeler les agrégats macroéconomiques. C’est plus l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie qui favorise la fixation des prix\", a-t-il précisé. Une lecture qui replace la question monétaire congolaise dans une logique de marché plus concrète, loin des grilles théoriques habituellement mobilisées par les économistes.
C’est dans ce contexte que le gouverneur a abordé la question sensible du dollar, monnaie omniprésente dans les transactions quotidiennes en RDC, qu’il s’agisse du paiement des loyers, des salaires ou du commerce de détail. Wameso a tenu à rassurer les détenteurs de devises américaines sur un point précis. Aucune sanction ne visera ceux qui continueront à posséder des dollars. \"Les gens qui détiendront des dollars ne seront pas considérés comme étant dans l’illégalité\", a-t-il affirmé, avant de préciser où se situera réellement la contrainte.
Le problème surgira au moment de l’achat. Les détenteurs de dollars devront alors choisir entre l’usage d’une carte de paiement ou la conversion de leurs devises en francs congolais. Une mesure qui, sans interdire la détention du dollar, vise à en limiter l’usage direct dans les échanges commerciaux courants.
Selon le gouverneur, cette orientation répond à plusieurs objectifs, notamment améliorer la traçabilité des flux financiers, renforcer la transparence du système monétaire et surtout mieux cerner la quantité réelle de dollars américains qui circulent sur le territoire congolais, un volume que les autorités peinent aujourd’hui à évaluer avec précision.
Cette annonce s’inscrit dans un mouvement plus large de dédollarisation que la Banque centrale tente de conduire depuis plusieurs mois, sans pour autant brusquer une économie où le dollar reste, dans les faits, une monnaie refuge pour une grande partie de la population. La question reste de savoir si la confiance affichée par le gouverneur suffira à convaincre les ménages et les commerçants d’opérer ce basculement vers le franc congolais, alors que les habitudes liées au dollar se sont construites sur plusieurs décennies d’instabilité monétaire.
Les chiffres publiés par la note conjoncturelle de la BCC pour la première semaine du mois d’août viennent toutefois nuancer ce discours de stabilité retrouvée. Sur un rythme annuel, la monnaie nationale a enregistré une dépréciation de 3,95 % au marché interbancaire et de 0,41 % au marché parallèle.
Des chiffres qui rappellent que, si la trajectoire du franc congolais s’est effectivement améliorée par rapport aux crises monétaires passées, la stabilité annoncée par le gouverneur reste à confirmer sur la durée, dans un contexte économique où la confiance se construit lentement, mais peut se fragiliser rapidement.

Par Pistis Kayembe


