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Fermer TikTok en RDC, la solution qui pourrait couler des milliers de commerces

La RDC comptait 34,7 millions d'internautes fin 2025, soit 30,5 % de sa population, et 64,7 millions de connexions mobiles actives. TikTok s'est progressivement imposé comme un canal de découverte de produits, de visibilité commerciale et de création de communautés pour de nombre

La RDC comptait 34,7 millions d'internautes fin 2025, soit 30,5 % de sa population, et 64,7 millions de connexions mobiles actives. TikTok s'est progressivement imposé comme un canal de découverte de produits, de visibilité commerciale et de création de communautés pour de nombreux entrepreneurs congolais. Pendant que le gouvernement discute task force interministérielle et cadre de régulation, ce sont ces acteurs économiques qui observent la situation avec le plus d'inquiétude concrète.

Derrière les statistiques d'usage se cache un écosystème entier, vendeurs de mode, de cosmétiques, de produits importés, créateurs de contenu qui monétisent par des lives ou des partenariats de marque. Pour certains d'entre eux, TikTok n'est pas un canal de communication parmi d'autres. C'est devenu une vitrine commerciale essentielle pour développer leur activité et atteindre des clients.

Quand la menace de fermeture devient un risque business

Le 13 août, le président du CSAC déclarait que la solution la plus importante serait simplement la fermeture de TikTok en RDC, faute d'avoir obtenu le blocage de plus de 2 000 comptes signalés. Cette phrase, pensée dans un cadre de lutte contre les contenus abusifs, résonne différemment pour un entrepreneur dont l'activité dépend fortement de cette plateforme. Une fermeture ne serait pas qu'une question de liberté d'expression. Elle pourrait également constituer un choc économique immédiat, sans période de transition pour les activités qui en dépendent.

Existe-t-il aujourd'hui, en RDC, une plateforme e-commerce nationale ou un marché numérique local capable d'absorber une partie importante de cette activité du jour au lendemain ? La question mérite d'être posée directement. Les entrepreneurs qui ont construit leur visibilité sur TikTok ne disposent pas nécessairement d'un site marchand propre ni d'une base de données client indépendante de la plateforme. Cette absence d'infrastructure alternative rend la dépendance d'autant plus fragile.

Deux scénarios aux impacts très différents

La note gouvernementale prise en compte le 28 août ne parle pas de fermeture. Elle propose une task force interministérielle, un cadre de coopération avec les plateformes et une clarification du dispositif légal. Ce scénario de régulation encadrée n'a rien à voir, dans ses effets potentiels sur l'activité économique, avec l'hypothèse d'une fermeture totale évoquée par le CSAC. L'un s'apparente à un ajustement de conformité. L'autre pourrait entraîner une rupture d'activité pour les acteurs économiques qui dépendent fortement de la plateforme.

Le coordonnateur de Justicia ASBL relevait, à propos du calendrier de cette initiative, la proximité avec les échéances électorales à venir. La RDC a par le passé restreint l'accès à certains réseaux sociaux dans des contextes politiques sensibles. Les entrepreneurs qui dépendent de TikTok ont-ils des raisons de s'inquiéter d'un scénario comparable, où une éventuelle coupure d'accès viendrait s'ajouter à l'incertitude politique plutôt qu'à la seule lutte contre les contenus abusifs ?

Face à cette incertitude, une diversification des canaux devient une nécessité plutôt qu'une option. Construire une relation directe avec ses clients en dehors de la plateforme, notamment via WhatsApp Business ou Instagram, récupérer légalement les coordonnées de sa clientèle avec son consentement et structurer progressivement un site propre sont des réflexes qui réduisent la dépendance à une seule plateforme.

Le Code du numérique de 2023 prévoit plusieurs institutions chargées de la régulation du numérique, de la certification électronique et de la protection des données. Mais leur mise en place et leur opérationnalisation restent incomplètes. En août 2024, un arrêté ministériel avait notamment confié temporairement à l'ARPTIC les missions de plusieurs autorités prévues par le Code. Ce déficit d'architecture institutionnelle n'est pas neutre pour les entrepreneurs. Il peut contribuer à rendre la réponse publique moins prévisible et moins structurée face aux difficultés posées par les grandes plateformes.

Tant que l'activité économique repose en partie sur des plateformes qu'un pays ne contrôle pas et qu'il ne parvient pas toujours à réguler efficacement, chaque décision prise ailleurs, qu'elle vienne de Pékin, de Menlo Park ou de Kinshasa, peut devenir un risque business local.

La question posée aux entrepreneurs congolais n'est donc plus seulement de savoir si TikTok sera un jour fermé. Elle est aussi de savoir combien d'entre eux seraient capables de continuer à travailler le lendemain si leur principal canal d'acquisition disparaissait.

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