Selon le rapport annuel de la Commission bancaire de l'UEMOA, le Sénégal occupe la première place de la microfinance dans l'Union, avec 26,5 % des actifs, devant la Côte d'Ivoire à 26,3 % et le Burkina Faso à 19,1 %. Il détient également la première part de l'encours régional de monnaie électronique, avec 29,7 %. Mais derrière ces classements se cache un chiffre nettement moins flatteur pour l'ensemble de la région, celui de l'inactivité massive des comptes.
Avec 1 234,3 milliards de FCFA d'actifs de microfinance, le Sénégal s'installe en tête de l'Union. Il accueille également le plus grand nombre de structures de grande taille, 81 au total, devant le Burkina Faso, le Togo et la Côte d'Ivoire. Sur la monnaie électronique, les établissements sénégalais détiennent 29,7 % de l'encours régional, devant le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire.
À l'échelle de l'Umoa, le nombre de comptes de monnaie électronique ouverts auprès des établissements assujettis atteint 172,9 millions à fin 2025, contre 154,6 millions un an plus tôt. Une progression de 11,9 % qui, présentée seule, dessine le portrait d'une région en pleine accélération de son inclusion financière numérique.
Le chiffre qui change la lecture de ces statistiques
Sur ces 172,9 millions de comptes ouverts, seuls 60,6 millions sont actifs. Les comptes inactifs atteignent ainsi 112,3 millions, soit 64,9 % du total régional. Autrement dit, près des deux tiers des comptes de monnaie électronique n'ont enregistré aucune transaction au cours de la période retenue pour mesurer leur activité.
Cette situation montre surtout l'écart entre l'ouverture d'un compte et son utilisation réelle. Malgré une hausse de 11,9 % du nombre de comptes ouverts entre 2024 et 2025, seuls 35,1 % des comptes étaient actifs à fin 2025. La croissance du nombre de comptes ne suffit donc pas, à elle seule, à mesurer l'utilisation effective des services de monnaie électronique.
Si la croissance des comptes ouverts ne s'accompagne pas d'une progression comparable de leur utilisation, que mesure-t-on exactement lorsqu'on annonce une hausse de 11,9 % du nombre de comptes de monnaie électronique dans l'Union ? L'expansion d'un usage réel, ou simplement la multiplication de comptes dont une grande partie reste inactive ?
Le Sénégal domine ce marché avec 29,7 % de l'encours de monnaie électronique de l'Union. Mais les données agrégées du rapport ne permettent pas d'isoler la part sénégalaise dans le phénomène régional d'inactivité des comptes. Il est donc difficile, à partir de ces seuls chiffres, de mesurer précisément le niveau d'engagement réel des utilisateurs sénégalais.
Cette situation interroge la manière dont les acteurs du secteur mesurent leur propre succès. Un établissement de monnaie électronique qui multiplie les ouvertures de comptes sans parvenir à maintenir leur utilisation construit-il une inclusion financière durable, ou simplement une croissance qui paraît forte lorsqu'on regarde le nombre de comptes mais beaucoup moins lorsqu'on observe leur activité réelle ?
Le classement des pays par parts de marché continuera probablement à dominer la lecture médiatique de ces rapports annuels. Mais c'est le taux d'activation des comptes, resté quasiment inchangé entre 2024 et 2025, qui dira si la région progresse réellement vers une inclusion financière effective, ou si elle se contente d'empiler des comptes que plus personne n'utilise.

Par Pistis Kayembe


