L'encours de crédit aux petites et moyennes entreprises chez Rawbank a progressé de près de 70 % en 2025, un rythme qui pourrait laisser croire à un rattrapage significatif du financement bancaire destiné à ce segment. Dans le même temps, les dépôts des PME auprès de cette même banque n'ont crû que de 16 %, un écart qui semble à première vue favorable aux entrepreneurs. La banque revendique d'ailleurs avoir traité plus de 5 000 dossiers de financement PME pour un volume avoisinant 500 millions de dollars, un chiffre qui traduit une activité réelle et non marginale sur ce segment.
Ces deux évolutions racontent pourtant une histoire plus nuancée dès lors qu'on les rapporte l'une à l'autre. Le ratio crédits sur dépôts des PME chez Rawbank n'est passé que de 16 % à 20 % sur l'année, une progression que la croissance spectaculaire de l'encours de crédit ne suffit pas à faire percevoir. Autrement dit, pour chaque dollar déposé par une PME, un peu moins de vingt centimes lui reviennent sous forme de crédit, la majorité de la ressource qu'elle apporte à la banque continuant d'irriguer d'autres usages.
Faut-il en conclure que les PME congolaises financent, sans le savoir, une partie de l'activité bancaire dont elles bénéficient le moins ? La question mérite d'être posée avec prudence, car les ressources collectées par une banque sont par nature fongibles et ne peuvent être intégralement redirigées vers les déposants qui les ont constituées. Une partie doit couvrir les besoins de liquidité, les placements réglementaires, ainsi que les crédits accordés à d'autres catégories de clientèle, notamment aux grandes entreprises et au secteur minier, qui représente à lui seul 32,3 % du portefeuille de crédits de Rawbank.
Cette concentration sectorielle éclaire en creux la place réservée aux PME dans l'architecture du crédit congolais. Lorsqu'un tiers du portefeuille est absorbé par un seul secteur à forte intensité capitalistique, la marge disponible pour les milliers de petites structures qui constituent l'essentiel du tissu économique national se resserre mécaniquement, indépendamment même de la volonté de la banque d'accompagner ce segment.
Le doublement quasi arithmétique du ratio crédits sur dépôts, de 16 % à 20 %, peut ainsi être lu de deux manières opposées. Il peut signaler une accélération réelle de l'inclusion financière des PME, portée par une volonté commerciale assumée et des dossiers de plus en plus nombreux instruits par la banque. Il peut tout aussi bien révéler la lenteur structurelle avec laquelle un système bancaire, même en forte croissance sur ce segment, continue de traiter les petites entreprises comme des apporteurs de ressources avant d'être des bénéficiaires de crédit.
Cette lecture invite à interroger la nature même des 5 000 dossiers traités en 2025. Combien correspondent à des lignes de crédit court terme destinées à financer un besoin de trésorerie ponctuel, et combien relèvent d'un financement structurant capable d'accompagner la croissance d'une entreprise sur plusieurs exercices ? Le rapport de Rawbank ne permet pas de trancher cette question, mais l'absence de détail sur la maturité des crédits PME, alors même que la maturité longue apparaît comme un point de faiblesse généralisé du secteur bancaire congolais, ne dissipe pas l'ambiguïté.
Le cas des PME chez Rawbank ne peut certes pas être étendu à l'ensemble du marché bancaire congolais, chaque établissement affichant un modèle commercial et une clientèle qui lui sont propres. Il offre néanmoins l'un des rares indicateurs chiffrés et comparables d'une année sur l'autre permettant de mesurer concrètement l'écart entre la collecte de ressources auprès des petites entreprises et leur retour sous forme de financement.
Vingt pour cent de retour pour cent pour cent de dépôt apporté, voilà l'équation à laquelle une PME congolaise semble aujourd'hui confrontée lorsqu'elle choisit de domicilier ses ressources dans une banque commerciale. Une équation que la croissance de 70 % de l'encours de crédit rend plus supportable qu'auparavant, sans pour autant l'inverser.

Par Pistis Kayembe


